Quel accès à la musique pour les personnes en situation de handicap ?

Si l’accessibilité à la culture est inscrite dans la loi, l’accueil des personnes en situation de handicap dans les structures d’éducation musicale ou les salles de spectacles reste encore en chantier.

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Dans la matinale de France Musique du mardi 19 décembre, Saskia de Ville et ses quatre invités s’interrogeaient sur l’accessibilité du secteur musical aux personnes porteuses d’un handicap. Quels dispositifs existent aujourd’hui pour leur accueil dans les théâtres et opéra ou les lieux de formation musicale ?

La Loi pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées de février 2005 prévoyait l’accessibilité des structures culturelles à tous les publics et notamment aux publics handicapés. Mais qu’en est-il dans la réalité ? S’il reste beaucoup à faire, notamment dans les théâtres et opéras qui ne sont pas encore tous adaptés, les initiatives dans ce domaine sont nombreuses et tendent à s’organiser autour du Réseau National Musique et Handicap.

Un nouveau public pour les théâtres

« Le public porteur de handicap ne venait pas, avant, au spectacle » rappelle Frédéric Le Du, directeur de l’association Accès Culture qui travaille en collaboration avec les théâtres et les opéras français pour mettre en place des services d’accessibilité au spectacle vivant à destination des personnes aveugles ou malvoyantes, sourdes ou malentendantes. « C’est un public naissant qu’il faut accompagner [...] Cela fait 30 ans que l’association existe mais nous en sommes encore au tout début de l’accueil de ces publics. »

De prime abord, ce chantier peut impressionner les institutions musicales bien qu’il ne nécessite qu’un effort d'accompagnement. Accompagnement qui peut ensuite bénéficier à tous les publics : « L’audiodescription pour aveugles et malvoyants sert tout autant aux personnes souffrant de déficits auditifs comme les personnes âgées notamment, explique Frédéric le DuDe même que le surtitrage ne bénéficie pas qu’aux malvoyants, ou qu’une rampe d’accès handicapée peut servir aux valises ou aux poussettes ».

Une politique inclusive

Le concept d’accessibilité est construit sur un modèle inclusif. La société se construit pour tous et par tous. Il en est de même pour l’accessibilité des lieux de spectacle, dont les dispositifs d’accompagnement ne doivent pas différencier les personnes en situation de handicap mais les intégrer à leur public habituel.

L’éducation musicale devrait suivre le même procédé. « Je vois parfois ces ateliers musicaux que j’appellerais des ateliers ‘ghetto’, regrette André Fertier, compositeur et fondateur du Cemaforre (Pôle européen de l’accessibilité culturelle). On regroupe les enfants entre eux, à part, parce qu’ils sont porteurs de handicap. »

Les projets encouragés par le Cemaforre et par les différents acteurs du réseau Musique et Handicap se veulent inclusifs. « J’ai reçu un jour dans une chorale un petit garçon atteint d’un lourd handicap qui portait les séquelles d’un épisode de mort subite, raconte Micha Stafford, cheffe de chœur et formatrice pour les associations Musique et Situations de HandicapEn quatre ans, il chantait juste et avec les bonnes paroles. [...] Les médecins et spécialistes ont émis l’hypothèse selon laquelle les progrès de cet enfant étaient dus au fait qu’il était avec les autres, et que ses potentialités réprimées ont ainsi pu éclore. »

Même son de cloche du côté des structures hospitalières ou spécialisées, l'inclusivité est la priorité et le personnel accompagnant n’hésite pas à ouvrir les portes de leurs établissements aux voisins, aux écoles et aux associations. « La mixité et l’ouverture se font de l’intérieur » souligne Micha Staffordet ce, avec deux objectifs : l’excellence musicale et la possibilité d’organiser, de temps à autre, une sortie dans un établissement culturel. »

Réfléchir et former

L’accessibilité tout comme l’inclusivité ne s’improvisent pas, cela s’apprend. « Il ne suffit pas de donner de l’ampleur et de la résonance à ce qui est fait, ce qui existe déjà, il faut aussi tenter d’y voir plus clair, prévient André FertierIl faut former les intervenants, en définissant quelles doivent être leurs approches, ce qui est légal, éthique. »

« La demande culturelle de la part des structures spécialisées ou hospitalières est de plus en plus forte », constate Philippe Bouteloup, directeur de l’association Musique et Santé, intervenant dans le secteur hospitalier.

Du côté de l’Etat, le plan Chorale à l’école a été annoncé par les ministres de la Culture et de l’Education Nationale au début du mois de décembre. « Il y aura deux heures de chorale dans tous les établissements, en option, ce qui permettra de systématiser et renforcer les chorales à l’école » a annoncé Jean-Michel Blanquer au micro de Saskia de Ville, dans la matinale du 11 décembre. Un plan en faveur de la musique à l’école mais qui ne concerne donc pas les enfants pris en charge dans les établissements spécialisés. Pour Micha Stafford, la priorité est que « tous les enfants puissent être concernés, même ceux des instituts médico-éducatifs. »

Article France Musique - Publié le 22/12/2017

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