Violences sexuelles : libérer la parole dans le handisport?

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Un violentomètre dans le sac de chaque athlète français aux Jeux de Tokyo ? Pourquoi pas. Le Comité paralympique entend déployer des outils pour lutter contre les violences sexuelles dans le handisport et le sport adapté.

 

Dans le patinage, la natation, le tennis, les langues des victimes de violences sexuelles se délient. En 2020, en France, d'anciennes sportives de haut-niveau accusent des entraîneurs de viols alors qu'elles étaient encore mineures. Le ministère des Sports ouvre alors une plateforme de signalements début 2020 mais très peu de cas remontent : 400 témoignages dans 80 disciplines sportives. Qu'en est-il dans le handisport ou le sport adapté ?

Le champ du handicap pas épargné ?

Comme d'autres fédérations sportives, la Fédération française handisport a mis en place un comité d'éthique. Si ce sujet reste tabou, comme partout, le Comité paralympique et sportif français (CPSF) s'est aussi saisi de cette question et semble prêt à vouloir lever la voile avec l'appui d'associations dédiées, l'Association francophone des femmes autistes (AFFA) ou encore Colosse aux pieds d'argile qui lutte contre les violences sexuelles dans le milieu sportif. Il a entamé sa réflexion il y a dix-huit mois, avant même cette prise de conscience plus générale, et s'en est nourri pour intensifier sa démarche. Il a alors missionné une sociologue, Valentine Duquesne, sur cette question. Pourquoi le champ du handicap serait-il plus épargné ? On imagine même un risque accru car le corps des personnes handicapées, parfois objet de soin, est davantage à la merci de l'autre. « Certaines ont aussi du mal à formuler ce qui peut être vécu comme une agression, c'est ce qu'on appelle la culture de la soumission », complète Valentine Duquesne.

Violentomètre, simple à utiliser

En février 2020, Marie Rabatel participe au congrès organisé par le ministère des Sports sur le thème des violences sexuelles. Présidente de l'AFFA, elle reçoit alors plusieurs témoignages de comportements abusifs aussi bien dans les centres médico-sociaux que dans les clubs sportifs. Elle est alors contactée par Marie-Amélie Le Fur, présidente du CPSF, qui lui demande son aide. Pour Marie Rabatel, il faut des « réponses concrètes » afin d'alerter les victimes potentielles et ne pas attendre qu'un scandale éclate pour libérer leur parole. Pour encourager la prévention, elle propose donc de s'inspirer du « violentomètre». Cet outil créé pour lutter contre les violences sexuelles faites aux jeunes femmes permet de mesurer si la relation amoureuse est basée sur le consentement et ne comporte pas de violences. Il s'agit d'une réglette qui comporte un code couleur et des mots et phrases types. « C'est très facile à comprendre et à utiliser, par exemple pour moi qui suis autiste, se félicite Marie Rabatel. Quand tu es dans le vert, ça va, mais dès que tu arrives dans l'orange, il faut faire gaffe et réclamer de l'aide. »

Objectif Tokyo 2021

Cet outil devrait être déployé rapidement, avant, espère le CPSF, une échéance précise, celle des Jeux paralympiques de Tokyo du 24 août au 5 septembre 2021. « Le but, c'est que les sportifs aient cette réglette dans leur sac et qu'ils puissent s'en saisir facilement », poursuit Marie Rabatel. L'objectif, à terme, et pourquoi pas dès septembre, est de pouvoir la déployer dans toutes les associations et fédérations sportives, dans le champ du handicap ou en dehors. Cet outil concerne les femmes aussi bien que les hommes. Pour accélérer son engagement, Valentine Duquesne doit installer au printemps 2021 un groupe de travail sur cette question, qui projette, notamment, la mise en place d'un numéro d'écoute dédié aux sportifs qualifiés aux Jeux. « Durant cet événement, la vie au village olympique peut être propice à certains débordements, de la part du staff sportif ou médical, de personnes extérieures mais aussi entre athlètes », explique Valentine Duquesne.

Pour que cette parole soit entendue, encore faut-il qu'elle se libère. « Il y a une très forte omerta dans le champ du handicap. Le sport est pour de nombreuses personnes handicapées, par exemple à la suite d'un accident, un formidable outil de résilience. Dénoncer, c'est prendre le risque de devoir renoncer. Alors on préfère se taire… »

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